Six pays d’Afrique francophone se dotent d’un cadre commun pour une IA éthique, inclusive et responsable

L’intelligence artificielle transforme déjà nos façons de travailler, d’apprendre, de nous soigner. Elle ouvre d’immenses possibilités, mais comporte aussi des risques réels. Face à cette accélération, six pays d’Afrique francophone – le Burkina Faso, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Mali, la Guinée et le Bénin – viennent d’adopter des Lignes directrices pour une intelligence artificielle éthique, inclusive et responsable. Un cadre commun qui leur permet de façonner la révolution numérique selon leurs propres termes, plutôt que de la subir.
Ce que sont ces lignes directrices
Les Lignes directrices proposent un cadre opérationnel pour développer, mettre en œuvre, et évaluer des politiques d’IA éthiques, inclusives et responsables. Elles s’appuient sur sept principes fondamentaux (dont la transparence, les droits humains, la souveraineté numérique et l’inclusion) et cinq axes stratégiques (gouvernance des données, inclusion, formation, innovation locale et coopération régionale).Ce document sert de référentiel pour outiller les États , harmoniser les cadres législatifs et garantir que l’IA soit pensée depuis et pour l’Afrique, en respectant les diversités culturelles et en renforçant les communautés.
Fruit d’un processus rigoureux réunissant chercheurs, experts techniques et directeurs généraux nationaux des ministères chargés du numérique des six pays concernés, ce travail a été formellement intégré dans les soumissions écrites du premier Dialogue mondial de l’ONU sur la gouvernance de l’IA, qui se tient à Genève. C’est une contribution africaine structurée au débat mondial, l’affirmation que le continent peut formuler ses propres orientations.
Pourquoi cela compte
Dans une région où les politiques d’IA restent souvent fragmentées ou absentes, l’engagement de ces six gouvernements et institutions sur un cadre partagé change la donne. Il porte une ambition commune : ancrer la gouvernance de l’IA dans les réalités, les valeurs et les priorités de développement de l’Afrique francophone.
Pour le Dr Aminata Zerbo/Sabané, Ministre de la Transition Digitale, des Postes et des Communications Électroniques du Burkina Faso, l’enjeu est un choix de posture :
« La révolution de l’intelligence artificielle s’accélère, et avec elle un choix s’impose à chaque nation : subir cette transformation ou en devenir acteur. À travers ces lignes directrices, nous posons un cadre qui nous ressemble, fondé sur nos valeurs, nos langues et nos réalités africaines. »
L’utilité est concrète et double, comme le souligne M. Aly Cherif, Directeur National des Technologies de l’Information et de l’Économie Numérique (Guinée) :
« utiliser l’IA comme levier de développement humain dans l’éducation, la santé ou l’agriculture, tout en évitant que des systèmes importés n’exacerbent les asymétries de pouvoir, ne reproduisent des discriminations ou n’altèrent les valeurs sociétales africaines. »
Une voix africaine dans le débat mondial
La portée de ces lignes directrices dépasse les six pays. Pour le Dr Seydina M. Ndiaye, spécialiste en intelligence artificielle, elles s’inscrivent dans une dynamique panafricaine et mondiale. Ces lignes directrices sont appelées à dialoguer avec les initiatives de l’Union Africaine et à nourrir les débats au sein de l’UNESCO, de l’ITU et des Nations Unies, portant ainsi une voix africaine cohérente et documentée dans le débat global.
C’est aussi l’appel lancé par M. Symerre Grey-Johnson, Directeur du Développement social, du Capital Humain et du Développement Institutionnel à l’AUDA-NEPAD, l’agence de développement de l’Union Africaine :
« J’appelle les décideurs politiques, les régulateurs, les chercheurs, les acteurs du secteur privé, la société civile et les jeunes, en particulier en Afrique francophone, à s’approprier ces lignes directrices. »
Le rôle de Niyel et le projet IDIA d’IAPD
Niyel, dans le cadre du projet Initiative pour le Development de l’Intelligence artificielle et soutenu par le CRDI et le FCDO, a initié et facilité l’espace de dialogue entre les six pays et accompagné la structuration jusqu’à la finalisation des lignes directrices. « Notre rôle à Niyel a été de créer un espace où cette volonté collective pouvait s’exprimer et se transformer en document d’orientation partagé », explique Valérie Traoré, Directrice Exécutive de Niyel.
Et maintenant ?
Ces lignes directrices ne sont pas un point final, mais un point de départ. Elles donnent à l’Afrique francophone une voix structurée dans les débats panafricains et mondiaux sur la gouvernance de l’IA, et une base sur laquelle tous les pays africains peuvent élaborer ou réviser leurs stratégies nationales et sectorielles, en orientant les travaux législatifs et réglementaires vers plus d’éthique et d’inclusion.
Pour les décideurs, les chercheurs et les innovateurs, elles offrent un point d’appui concret : celui d’une IA pensée comme un outil de développement humain plutôt que comme une source de discrimination.
Retrouvez le texte intégral des Lignes directrices pour une Intelligence Artificielle éthique, inclusive et responsable.